Renaissance

Renaissance…

C’est dans un monde empli de chimères, un monde aux couleurs hivernales où la beauté se mêlait étroitement à d’invisibles dangers, que l’oiseau vit le jour. Il vint à la lumière un peu en avance, ayant sous doute craint de manquer le rendez-vous, d’arriver à la mauvaise date ou sous des auspices inadaptés. Nul ne sait vraiment pour quelle raison exacte, il choisit ce jour, précisément. Il faut dire que nul ne s’est jamais vraiment posé la question. Il faut surtout dire qu’ici, tout le monde se fiche bien de ce genre de questions.

Il s’incarna donc au milieu de ceux qui formeraient désormais sa nouvelle famille, au cœur d’un nid sans fioriture perché sur l’une des nombreuses branches d’un grand et fort chêne.

Le petit oiseau, très vite, devint curieux, dévorant le ciel et tout ce qui l’entourait de ses yeux grand ouverts mais encore pleins du souvenir de son chez-lui, désormais si lointain qu’il s’estompait toutefois jour après jour. Il souffrait déjà de cette amnésie si bien qu’il se raccrochait de toutes ses forces aux dernières images, aux dernières bribes qu’il lui restait de son univers originel. En vain.

Les jours passèrent. Vinrent les orages et le vent du nord, vinrent les tempêtes qui secouèrent l’habitat déjà fragilisé par son emplacement trop exposé à une météo souvent capricieuse.

Il grandit néanmoins mais, contrairement à ses frères et sœurs, il ne perdit jamais tout à fait cette nostalgie d’un avant qu’il ne parvenait pas à définir autrement qu’au travers d’une étrange tristesse.

C’est lors d’un de ces épisodes brouillés par des larmes qui lui brûlaient les yeux que la chute survint.

Longue, interminable, effrayante.

Il tenta de battre des ailes mais elles étaient encore trop faibles pour porter le poids pourtant léger de son petit corps tétanisé par une peur qui embrouillait ses mouvements et empêchait toute forme de coordination.

Il heurta le sol avec un bruit sourd et sa conscience se mit à errer doucement dans les limbes qui formaient autour de lui un univers flou et cotonneux mais dépourvu d’une quelconque souffrance.

Le temps s’égrenait lentement, les minutes s’écoulaient inlassablement au cœur d’un silence de plus en plus assourdissant. La nature elle-même semblait subitement retenir son souffle, comme si elle attendait de voir ce qui allait advenir de cette âme encore si mal accrochée à la vie.

Peut-être son heure n’était-elle pas encore arrivée ou peut-être était-il plus solide qu’il n’y paraissait de prime abord mais quoiqu’il en fut alors, il reprit conscience en même temps qu’une douleur, si aigüe qu’il se crut rompu entièrement, vrillait chaque parcelle de son corps meurtri. Son esprit revint s’installer quelque part en lui, ayant finalement fait le choix de demeurer ici car, bon gré mal gré, il s’était engagé à accomplir certaines choses et n’en avait encore fait aucune.

Lentement, il se remit péniblement debout et put constater que ses pattes, bien que flageolantes, le soutenaient et qu’il n’avait à priori rien de cassé.

Mais la chute avait fait d’autres dégâts… laissé d’autres marques… détruit d’autre segments de son être…

Dès lors et parmi un certain nombre de difficultés diverses et variées, il lui fut impossible de voler. Ses ailes refusaient de répondre aux injonctions de sa volonté et malgré tous ses efforts, il ne trouvait pas de solutions ni de personnes capables de réparer ce qui s’était brisé ce jour-là.

La violence de l’incident avait laissé d’invisibles traces, des douleurs fantômes qui, au fur et à mesure qu’il grandissait, se mirent à surgir de manière inopinée, sans qu’il parvienne à en atténuer l’intensité malgré ses recherches, malgré toutes les tentatives qu’il fit durant les années qui suivirent afin d’essayer de trouver sa place dans un monde où il se sentait de plus en plus étranger.

S’il apprit à cohabiter avec ses douleurs, il ne parvenait toutefois pas à les contrôler et sa vie était devenue un assemblage de pièces détachées, tantôt plus ou moins à leur place, tantôt totalement mélangées dans un désordre qui le laissait indubitablement dans un état de profond désespoir, perdu dans les méandres d’une existence qui semblait ne pas vouloir de lui.

Pourtant, dans cette obscurité épaisse et oppressante, il décelait quand-même, parfois, dans certains moments d’accalmie, le chatoiement de ses ailes, les couleurs magnifiques de son plumage, la douceur ainsi que l’harmonie qui émanait de chacun de ses mouvements. Quelque part en lui se trouvait la conscience qu’il n’était pas cette chose en perpétuelle lutte avec tout et n’importe quoi, en incessant conflit avec celui qui était son pire ennemi et peut-être bien, par ailleurs, le seul : lui-même.

Sans cesse oscillant entre l’abandon et le courage, entre ses échecs répétés et une foi profonde qu’il ne parvenait absolument pas à expliquer, il persévérait contre vents et marées sans s’apercevoir que l’intensité de ses couleurs se faisait de plus en plus puissante.

Il se construisit bancal, avec des morceaux de lui qui voguaient au gré de ses émotions, sans port d’attache où ils auraient pu patienter jusqu’à retrouver leur place d’origine. Il se construisit de travers, comme il put, comme ses forces le portèrent et de manière totalement instinctive… pendant qu’à l’intérieur de lui se forgeait quelque chose d’indéfinissable mais d’indéniablement puissant : son identité.

Sans qu’il ne s’en rende seulement compte, cette dernière grandissait, s’affirmait et se positionnait. Elle devenait ce phare dans la nuit qui éclairait sa route, lui indiquant la direction à suivre pour rejoindre son objectif, celui qu’il s’était fixé en choisissant de venir ici, sur Terre, au milieu d’autres âmes venues elles aussi accomplir un travail de paix et de lumière, une œuvre d’élévation de la matière qui atteindra son paroxysme lorsque demeurera uniquement l’énergie de la connaissance, lorsque la compréhension intrinsèque de l’existence se sera frayé un chemin parmi les ronces qui encombrent depuis des siècles les voies tracées jadis par d’autres générations, d’autres peuples, d’autres étoiles.

Alors, dans les profondeurs de son être, naquit celui qu’il s’était promis de devenir.

Il comprit que ses épreuves avaient un sens.

Il comprit que, sans elles, il n’aurait jamais su qu’il était capable de se reconstruire tout en déconstruisant les barrières qu’il avait lui-même posées, comme tant d’autres l’avaient fait d’ailleurs bien avant lui, et qu’il se devait aujourd’hui de détruire.

Il comprit qu’il n’y avait aucun hasard dans le dédale de l’existence et que si certains chemins faisaient d’innombrables détours, c’était simplement parce que les âmes en avaient besoin si elles voulaient arriver à destination avec une meilleure connaissance d’elles-mêmes et de leurs capacités.

Il comprit que si ses ailes se refusaient à lui obéir, c’était uniquement parce qu’une part de lui se refusait encore à voler vers la liberté.

Il libéra donc son potentiel et, avec grâce, s’envola en chantant vers un destin qu’il avait enfin décidé d’accepter pleinement.

En réalité, ce jour-là, ce fut sa propre identité qu’il choisit d’accueillir en déployant ses belles ailes colorées et en s’en allant gaiement en direction du soleil.

Quelles que soient les épreuves que la vie place sur votre chemin, soyez sûrs qu’elle y place également les clés qui déverrouillent chacune des portes closes qui se présentent à vous.

Ne vous découragez pas, rappelez-vous que tout a une fin, qu’après chaque orage brille à nouveau le soleil et, surtout, que vous êtes venus ici et maintenant pour une raison que vous avez vous-même définie.

Ne regardez plus derrière vous, il n’y a plus rien d’intéressant. Faites la paix avec le passé et tournez-vous vers l’avant, dirigez-vous vers ce que vous voulez aujourd’hui en ouvrant votre cœur à votre véritable potentiel.

Laure


2 réflexions sur “Renaissance

  1. Salut Laure,

    Merci pour ce beau texte. En te lisant, j’ai pensé à mon père. Il s’appelait Aurel et il est mort un 3 février. J’ai aussi pensé aux « Conversations avec Dieu » de Neale Donald Walsch. Sans doute que tu connais.

    Bonne journée, Raphaël

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    1. Hello Raphaël,

      Merci beaucoup pour tes mots, ils me touchent énormément. D’autant plus peut-être parce que je suis née un 3 février…
      Je connais bien-sûr « conversations avec Dieu » mais uniquement de nom car, si j’ai lu vraiment beaucoup de livres sur le même sujet, ceux-ci n’en ont pas encore fait partie (exceptés évidemment des extraits plus ou moins longs qui apparaissent souvent au gré de mes balades sur le net). Et vu que le nom revient souvent, il va quand-même falloir que je m’y mette!

      J’espère que tu vas bien et je te souhaite une très belle journée!

      Laure

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